Guerres, Paix & Religions
Journée de formation consacrée à l’enseignement du fait religieux.
Mardi 17 mars, nous étions 55, réunis à l’externat Saint-Joseph – La Cordeille pour la 16ème édition de notre journée annuelle consacrée à l’enseignement du fait religieux.
Monseigneur François TOUVET, Évêque de Fréjus-Toulon, nous a honoré de sa présence en introduisant cette journée sur les enjeux de l’enseignement du fait religieux dans l’enseignement catholique.
Le thème de cette année, « Guerre, paix et religions », sujet d’une actualité souvent tragique, nous aura donné l’occasion d’approfondir nos connaissances et de prendre de la hauteur, loin des idées toutes faites et des lieux communs.
Le Père Daniel MOULINET, Vicaire général du diocèse de Moulins, Docteur en théologie, Professeur en histoire religieuse moderne et contemporaine à l’Université catholique de Lyon, abordait le thème des rapports entre l’Eglise et la guerre. Il reprenait l’appel du Pape Paul VI « Plus jamais la guerre, laissez tomber les armes de vos mains », prononcé à l’ONU en 1965, lequel n’a perdu ni de sa force ni de son actualité. Mais comment l’Église a-t-elle réagi aux guerres du siècle dernier ? Quelles ont été ses prises de position ? Comment a-t-elle pu s’exprimer ? Si elle n’a pu imposer ses valeurs, à tout le moins a-t-elle acquis la liberté de se faire entendre. C’est la stratégie de cette revendication que nous relaterons : des appels à la paix de Benoît XV pendant la Première Guerre Mondiale en passant par le soutien de Jean Paul II aux syndicats polonais pendant la Guerre froide et jusqu’à la condamnation par le Saint- Siège des idéologies terroristes au nom de Dieu après les attentats du 11 septembre 2001.
Le Frère Emmanuel PISANI o.p., Directeur de l’Institut dominicain d’études orientales du Caire, islamologue, s’intéressait aux relations entre la guerre et l’islam. Il notait que, du Moyen-Âge à aujourd’hui, l’islam a pensé la guerre à travers le jihād, notion à double dimension : extérieure, comme combat armé défini et encadré par les traités juridiques, et intérieure, comme lutte spirituelle contre ses passions. Si la tradition médiévale insistait sur les règles de la guerre légitime, la période moderne et contemporaine a vu émerger un mouvement de pacification, où la réflexion musulmane s’ouvre aux principes de coexistence, de dialogue et non violence. Le jihād contemporain se trouve ainsi reconfiguré entre enjeux politiques et quête spirituelle.
Monseigneur Pascal GOLLNISCH, Directeur honoraire de l’Œuvre d’Orient, traitait de l’action caritative conçue comme une réalisation au service de la paix. En effet, de nombreuses organisations ecclésiales et caritatives interviennent dans le monde au service de populations en souffrance dans des domaines variés (éducation, santé, développement…). En temps de guerre comme de paix, elles soutiennent l’action des communautés chrétiennes. Quelles sont les actions conduites, au nom de quels principes ? Quels sont les effets de ces actions sur les communautés et les populations, dans quelle mesure favorisent-elles une culture de paix ?
Enfin, Antoine FLEYFEL, Directeur de l’Institut Chrétiens d’Orient, se questionnait sur ces « dieux criminels », sur la barbarie des fondamentalismes qui rejettent, détruisent et exterminent. À la fois dégénérescentes sur le plan culturel, perverses sur le plan théologique et terrifiantes sur le plan politique, les nouvelles idéologies religieuses recrutent toujours plus de membres. Il nous a permis de comprendre la logique de ces systèmes doctrinaux, à cerner dans quels contextes ils ont vu le jour et à évaluer leur déploiement dans l’histoire jusqu’en ce début de XXIème siècle. Le conférencier nous a mené tout droit au cœur de la grande machinerie infernale du Great Awakening de la Bible Belt aux États-Unis, du Goush Émounim et ses rejetons, en Israël, du mouvement salafiste et wahhabite, des origines jusqu’aux organisations terroristes Al-Qaïda et État islamique. Un panorama religieux, politique et idéologique qui a instruit le procès des dieux criminels.
Lionel ROOS JOURDAN


